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Rebelle


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Douglas Riddle - Fierté & Tournevis
Message Sujet: Fierté & Tournevis    Sam 19 Nov - 16:31


J'aimerais mentir et dire qu'il y a un sens profond à ta présence au cœur d'un tramway mal ventilé et aux douces odeurs de sueurs et de misère. J'aimerais pouvoir réussir à justifier auprès de ceux qui t'observent avec un air déconcerté ta posture défensive et ce masque qui mange entière ton visage pour ne laisser paraitre que tes deux yeux d'un jaune surnaturel au travers du plexiglas qui te sert de visière. Mais très franchement, je n'ai pas grand-chose à dire pour ta défense. Tu détonnes autant ici que si tu t'étais trouvé en plein cœur du centre-ville. Et ce n'est pas ton pantalon déchiré et trop serré, ni ta veste en cuir synthétique bien trop grande -oserais-je dire vaste?- pour tes frêles épaules. Si tu n'avais pas ce masque qui obstruais ton visage, sans doute que quelqu'un serait venu te demander si tu étais perdu... Ou te faire les poches, un flingue pointé vers ta cage thoracique.

Mais au lieu de tout ça, tu es assis dans un coin du tramway, le dos contre une impasse, observant toutes personnes se trouvant trop près de toi -donc toutes personnes dans ton wagon- avec l'air aussi apeuré qu'un gamin pris sur le fait par la milice en plein vol à la tire. Si tu savais combien de personnes ici ont presque pitié de toi.

Mais revenons un peu en arrière, pour expliquer ce que tu pourrais bien foutre ici, dans un univers qui n'est pas le tiens. Tu discutais simplement sur les différents canaux secrets à la disposition des différents hackers pour rester en contact avec d'autres lorsqu'on t'accusa de ne pas savoir ce que le monde devenait. Et s'il y a bien une chose que tu ne supportes pas qu'on te fasse, avec le fait de te toucher sans ton consentement; qu'on s'adresse à toi en te tutoyant sans même qu'on te connaisse; qu'on te prenne en pitié; qu'on pioche dans ton assiette; qu'on se moque de ton goût pour la danse... Oui, bon. Tu n'aimes pas qu'on te dise que tu ne sais pas quelque chose, quoi. Donc tu as décidé d'aller visiter. Et sans ta femme.

Pour un génie, tu es parfois sacrément stupide.

Ah, s'il était donné à l'un de tes camarade de rébellion de pouvoir te voir, toi la grande Calamité, assis dos contre la paroi du tramway, la main plongée dans le revers de ta veste prêt à dégainer ton plus beau tournevis à quiconque se montrerait trop entreprenant... Probablement que les images tourneraient à foison sur le Réseau avant même la fin de l'heure. Aussi intelligent que tu sois, tu n'en restes pas un humain. Et pas le plus raisonnable, en plus de ça.

« Stupide petit être... » Que tu siffles entre tes dents, fronçant une narine sous le masque à gaz qui couvre tes traits.

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Piper Nyberg - Fierté & Tournevis
Message Sujet: Re: Fierté & Tournevis    Dim 27 Nov - 2:12

« Attends. Pas tout d'suite. »

Avec Zeze, on regarde de loin les dernières personnes traverser les portes coulissantes du tramway. Lorsqu'elles se referment en grinçant tellement fort qu'on les entend depuis notre poste, quelques mètres en amont de la station, Zeze s'impatiente :

« Allez, viens !
— Attends, j'te dis ! »


Le tram se met en branle et dans un grondement, il se met à avancer, nous dépasse...

« MAINTENANT ! »


Zeze et moi, on fonce ; on court comme des balles vers l'arrière du tram qui fuit devant nous ; je l'dépasse de peu et saute, sur la locomotive, m'accroche aux joints renfoncés entre le verre et le métal pour me hisser, toujours plus haut, jusqu'au toit du wagon. Et j'me retourne, goguenarde, vers Zeze qui ralentit sa course en soufflant et en me pestant dessus. Moi, j'me moque de lui en faisant des signes — « le premier qui arrive à la Déchetterie... » En fait, il viendra sûrement pas, il aura la flemme (j'en connais une qui sera contente, tiens : sa mère). Il vient que pour me tenir compagnie, en fait, c'est pas son vrai métier. D'ailleurs, très vite, il disparaît.

J'aime bien les balades sur le dos du tram. Quand le contrôleur me chope, et que j'peux pas payer, je fais moins la maligne, mais je recommence toujours. Je rampe à plat ventre pour m'avancer vers les wagons plus en avant. Il y en a un qui n'a pas de fenêtres. Il en a jamais eu de ma mémoire, mais on m'a dit que c'est des gosses, des vauriens (des gens comme moi quoi) qui l'ont pétée en jetant des pierres dessus. Il y avait eu des blessés, parce que le tram est toujours bondé. Agadir le charbonnier, il en faisait partie. C'est comme ça qu'il a perdu un œil, et des cheveux, et une partie de sa lèvre. Sans parler de sa bonne humeur, parce qu'Agadir est le type le plus énervé de tout le quartier, ça peut qu'être les séquelles d'un traumatisme.

Lorsque j'arrive au wagon sans fenêtre, j'entreprends de passer mes jambes à travers l'ouverture et de débarquer comme ça dans la voiture bondée. Je repasse deux de mes tresses devant mes épaules et me faufile entre les gens, pour me cacher dans un petit coin où le contrôleur me verra pas.
Merde. La place est prise, et mieux, quand je passe face au rafleur de place, j'entends un :
« Stupide petit être ... »
Persiflé derrière moi.
Allez savoir pourquoi, j'me sens interpellée.
« Oui ? »
Je me retourne vers le gars, m'approche de lui. On dirait qu'il a mon âge, tiens. En plus, ses vêtements trop grands n'arrangent rien. Ses vêtements trop propres et neufs pour qu'ils soient d'ici, d'ailleurs. De toute façon, il y a un détail, un détail sur tout son visage, un détail qui ne trompe pas : un gros masque, avec une visière en plexiglas. On est pas du même monde, lui et moi. Lui, il est de ceux qui pensent sûrement que je pue. Et en même temps, ses yeux (jaunes : des yeux bioniques ? Une blinde, que ça doit coûter) ont l'air pas rassuré, alors, vous savez, j'suis une fille bien élevée. Je lui dis :
« Z'êtes perdu ? »


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Dernière édition par Piper Nyberg le Mer 28 Déc - 11:16, édité 1 fois
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Douglas Riddle - Fierté & Tournevis
Message Sujet: Re: Fierté & Tournevis    Dim 27 Nov - 3:09

T’es tellement tendu qu’on s’attend d’une seconde à l’autre à entendre l’élastique de ton slip jouer de la guitare. C’est pas sérieux, Douglas. Si tu continues comme ça, tu vas finir par blesser quelqu’un et fuir loin, très loin dans la foule comme ces pauvres êtres qui ont craqués et sont devenus fous, tuant et blessant à tour de bras jusqu’à ce que la garde… Mais on ne va pas penser à ça. C’est inutile de penser à ça. Parce que tu ne craqueras pas. Ton travail est de montrer, d’aider, de soutenir. Ton travail c’est de filmer, d’espionner, de révéler.

Alors qu’est-ce que tu peux bien foutre dans le dernier tram de la journée à trembler comme une feuille avec ton tournevis et ce masque qui te tiens terriblement chaud. Si chaud.

« Oui ? »

D’abord tu ne réalises pas. Les gens peuvent bien dire oui à ce qu’ils veulent. Certains disent oui à tout, d’autres ne disent oui qu’à eux-mêmes et enfin les plus étranges peuvent dire oui dans le vent. Il est vraisemblable également que tu n’aies pas entendu la phrase précédente, demandant si elle voulait manger des champignons pour le dîner ou si elle avait éventuellement envie d’avoir une couverture pour la nuit ? Peut-être disait-elle oui à sa situation ? Il existe de nombreuses situations, sans vraiment préciser laquelle, auxquelles on voudrait pouvoir dire oui. C’est en acceptant le oui de la validation, que vient le consentement d’agrément tel une adoption doucereuse. « Ferme-la… Elle te parlait peut-être même pas. » Et tu te tournes pour surveiller, sans doute. Même si tu ne le dirais sans doute pas comme ça. Par curiosité ? Tu dirais sans doute que tu te tournes par curiosité.

« Z'êtes perdu ? »  

Comme c’est curieux. En fait elle te parle. Elle est là, toute gamine, à te regarder des pieds à la tête comme si tu venais de lui voler son crédit fétiche. Tu te demandes rapidement si cette demoiselle a déjà vu la tronche d’un vaccin autrement que sur une affiche publicitaire. Et tu ravales ta salive, et tes pensées moribondes. Tu vas quand même pas poignarder une gamine avec un tournevis, Douglas. C’est stupide.

« Et toi ? »

Tu lèves le nez vers elle, essayant d’avoir l’air d’un grand, essayant d’avoir l’air d’un dur, mais non. Parce que tu trembles encore un peu, même si tes épaules sont un peu ressorties. Tu continues de jeter des regards furtifs et rapides sur les portes. T’es pas très impressionnant, c’est sûr. T’as juste la gueule d’un ado qui cherche sa mère. « J’t’emmerde » Plus tard, pour l’instant cause à la gamine.

« Je… visites ? » Bien. On progresse.

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Piper Nyberg - Fierté & Tournevis
Message Sujet: Re: Fierté & Tournevis    Ven 23 Déc - 2:04


À sa question, il répond en me dévisageant. Puis en disant :

« Et toi ? »

C'aurait été du tac au tac si ça n'avait pas été si lent. Lent, comme un jugement. Jugement de mes vêtements en dégradés de sale, de mes tresses grasses, de ma mâchoire ballante. Je me braque, je la remonte vaguement, sans que mes dents en dents de scie défoncée ne s'emboîtent, gênée par la prospection comme s'il pouvait lire en moi rien qu'en regardant ma glotte.
Qu'est-ce qu'est-ce que j'peux faire d'autre ?
Sinon ça, et répondre, butée :

« Nan. »

J'le toise de haut en bas et inversement, lentement, pour me venger, pas pour juger, et puis j'insiste, un peu moqueuse — pour me venger, rien que pour me venger.

« Vous avez l'air perdu. »

Il m'a fait un regard mauvais, un regard de faux-dur — un regard de mauviette. Un regard de mépris, tout propret et pimpant, qui ne suffit même pas à gonfler assez la boule au ventre pour qu'elle en soit moins supportable ; elle reste dans son coin, petite et comprimée, petite intruse habituée, comme je l'suis moi dans mon coin du tramway.
Qu'est-ce qu'il peut faire d'autre ?
Qu'est-ce qu'il peut faire d'autre, de toute façon ?
Son masque en plexiglas, il fait carrément plus d'effet qu'une grosse enseigne qui dirait « DETROUSSEZ-MOI » en néon au-dessus de sa tête. Tout le monde sait pas lire, en Périphérie. Alors que tout le monde sait qui porte et combien vaut au marché noir un masque en plexiglas.

« Je... Visite ? »

Ça n'est pas très convaincant, m'sieur. Je fais la moue, lève un peu le nez ; j'ai les dents d'en-bas qui viennent heurter chaotiquement celles d'au-dessus, et puis mes lèvres pincées migrent un peu de côté, en fendant l'une de mes joues.

« Hm. Faites gaffe, m'sieur. Quand on connaît le coin, m'sieur, on s'y retrouve, mais c'est pas le genre de place qui se fait visiter. Faites gaffe à pas vous perdre. »

Le tram ralentit, alors je m'accroche d'une main aux ongles noircis au dossier du strapontin où le petit monsieur est tassé dans ses grands vêtements, pour pas être emportée dans la masse de corps entremêlés qui bringuebale au rythme des virages. Il reste encore quelques arrêts avant la Déchetterie, soit quelques parties de cache-cache avec le contrôleur, ou quelques kilomètres à traîner les pieds pour être accueillie par une scène d'intimidation de mon patron, Rojas, qui cherche tellement à se faire respecter que plus personne ne le fait, il est jamais convaincu de toute façon. Suffit d'attendre que le tremblement de terre passe et de lui rendre un coup de pied dans les couilles si on y gagne au change.

Moi, j'y gagne pas, alors je patiente jusqu'à la fin des secousses et je m'abstiens de toute réplique. Après, si on peut m'éviter de me faire ballotter entre les pognes vengeresses et en mal de reconnaissance de Rojas, ça m'arrange, et pour ça j'ai une idée.

« Vous savez où vous allez, m'sieur ? Pas pour être indiscrète hein mais si vous voulez, j'peux vous y guider. »


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